L’égnimatique Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil

J’ai précédemment évoqué la Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil dans l’article consacré à Montreuil sur Mer, mais l’endroit méritant bien un article entier, je vous emmène faire sa découverte. Bâtiment religieux, hôpital civil, hôpital militaire, hôpital psychiatrique, centre culturel et, à l’occasion, lieu de tournage, la Chartreuse possède de multiples facettes et une histoire très riche. C’est une petite pépite patrimoniale, cachée dans la campagne du Pas-de-Calais, au pied de Montreuil, qui vaut le détour. Récit d’un lieu atypique…

banniere chartreuse neuville

C’est une atmosphère particulière, un peu mystérieuse qui se dégage de l’entrée de ce lieu. Si vous vous y aventurez en dehors des heures de pointe, vous vous retrouverez dans une longue allée bordée d’arbres dont les feuilles vous cachent ce que vous êtes venu voir. Une fois arrivé au bout de cette allée, la grande porte cochère conserve encore un peu le mystère du lieu. Finalement, vous entrez par une porte sur le côté, seul endroit où les femmes étaient admises à l’époque où l’endroit était occupé par les Chartreux.

Les origines

Mais justement, qu’est-ce qu’une Chartreuse (mis à part cette fameuse liqueur d’origine végétale) et qui étaient les Chartreux?  C’est tout simplement un monastère de l’ordre des Chartreux (vous allez me dire que ça ne nous avance pas beaucoup tout ça…). Il s’agissait du lieu de vie de moines ermites. Le nom provient de la Grande-Chartreuse (installée dans le massif de la Chartreuse qui fait partie des Alpes), premier monastère de ce genre instauré au 11ème siècle.

C’est Saint Bruno qui fonde en 1084 l’ordre des Chartreux. Le principe est simple: des hommes (ou des femmes, il existe 2 branches) font le choix de se retirer du monde et de consacrer leur vie à Dieu. Leurs principes sont: le silence, la solitude et la prière (il faut avouer que c’est un tantinet austère comme existence). Les pères Chartreux vivent reclus dans leur cellule (non, ils ne sont pas en prison, c’est comme ça qu’on appelle les chambres dans un monastère… après, le mobilier doit être assez semblable dans les deux cas). Ils sont aidés au quotidien par des moines qui s’occupent des tâches plus « terrestres » l’entretien des locaux, la cuisine etc (du moins à Neuville-sous-Montreuil).

L’histoire de la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés

La Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil n’est pas aussi ancienne que celle d’origine puisque sa construction initiale remonte au 14ème siècle, en 1324 exactement. Elle sera néanmoins détruite au cours de la Révolution Française (qui nous aura fait perdre une immense partie de notre patrimoine). En 1870, un architecte local, Clovis Normand, la rebâtit sur les fondations de l’ancienne, la Chartreuse est construite en seulement 3 ans! La même année, il bâtit sa jumelle en Angleterre, dans le Kent.

La Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés accueillait 24 pères Chartreux, chacun possédant son ermitage (petite maison sur 2 niveaux avec un petit jardin) et les moines, plus nombreux vivaient dans une autre partie du monastère. Le grand jardin sur le côté, à l’intérieur de l’enceinte leur permettait de vivre dans une quasi-autarcie.

Lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1901, les  bâtiments deviennent propriété de l’Etat et les moines doivent partir, emportant avec eux l’imprimerie générale de l’Ordre (elle est toujours dans les locaux de sa jumelle anglaise). La Chartreuse se transforme en hospice public et comme la Première Guerre mondiale arrive bien vite, elle deviendra un hôpital militaire. Par la suite, en 1950, la Chartreuse accueillera les gens inadaptés physiquement ou mentalement. Il s’agissait d’un lieu communautaire, pas tellement d’un asile.

La Chartreuse aujourd’hui

La Chartreuse est visitable depuis quelques années maintenant mais elle n’est pas en excellent état. Cela contribue d’ailleurs à lui donner une atmosphère un peu particulière, un petit côté mystérieux, on aimerait l’explorer de fond en comble mais l’ensemble du lieu n’est pas sûr, ce sont donc les parties sécurisées qu’un(e) guide vous fera visiter (la cour, la chapelle, le grand cloître, un ermitage et quelques autres pièces).

Vous pouvez également accéder au jardin qui est, peu à peu, remis en état. Il est divisé en 4 parcelles: une partie plantes médicinales et aromatiques, un coin potager, le cloître végétal (que je trouve très réussi) et enfin un carré pédagogique (pour les groupes scolaires). Il faut souligner ici que ce sont des bénévoles qui s’occupent du jardin et que ça représente un boulot assez incroyable, alors chapeau bas pour eux! Si le jardin n’en est qu’à ses débuts (il faut une bonne dizaine d’années pour façonner un jardin digne de ce nom), ce que l’on voit est déjà très prometteur.

Pour restaurer un lieu d’une telle envergure, il faut de l’argent, beaucoup d’argent, bien plus que ne peuvent accorder les collectivités territoriales. Un partenariat public/privé a donc été instauré: une partie du lieu va être transformée en résidence hôtelière tandis que le reste demeurera visitable. Concrètement, les ermitages (tous sauf 1) vont être transformés en studios. Naturellement, le charme résidant dans l’esprit du lieu, celui-ci sera préservé au maximum. Les travaux débutent ce mois-ci et devraient durer 2 à 3 ans.

Les Petits Meurtres d’Agatha Christie à la Chartreuse

A ma connaissance il ne s’est déroulé aucun crime tragique en ces lieux (après, on ne sait pas tout…) mais les locaux ont servi comme décor pour le film « Le chat et les souris ». (D’après le roman Cat among the pigeons d’Agatha Christie). En 2009, les bâtiments avaient été pour l’occasion transformés en pensionnat pour jeunes filles de la haute société. Dans cet épisode les professeurs trouvent la mort dans des circonstances qui dépassent l’entendement. La majeure partie de l’édifice a été utilisée pour ce film: les couloirs, le cloître, la bibliothèque, la chapelle… Vous pouvez voir ici un extrait du film qui se déroule dans la chapelle. Je vous mets également quelques captures du film qui vous montrent la Chartreuse en décor.

Le saviez-vous?

Vous connaissez l’expression « avoir 2 sons de cloches », mais savez-vous quelle est son origine? Vous remarquerez sur les photos que l’on aperçoit deux clochers pour cette Chartreuse. L’un sonnait les messes et l’autre les heures, il y avait donc le clocher temporel et le clocher religieux. C’est de cette dualité qu’est née l’expression.

2 réflexions au sujet de « L’égnimatique Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil »

  • 22 septembre 2016 à 18 h 11 min
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    C’est vraiment un petit bijou et quand on a le plaisir d’écouter de la musique classique dans la chapelle, on se sent vraiment hors du temps. Sinon, je n’aurais probablement pas pu faire vœu de silence et vivre dans une cellule, mais bon chacun son mode de vie. Il faut avouer que le décor se prêtait bien aux petits meurtres d’Agatha Christie, une série qui a le mérite de nous faire découvrir les trésors architecturaux de notre région !

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    • 23 septembre 2016 à 14 h 43 min
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      C’est vrai que c’était bien sympa ce concert (en dépit des petits soucis de prononciation de « weep » qui s’est transformé en « whip » et qui a donné un autre sens à la chanson religieuse XD)

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