Il était une fois, Game of Thrones version lillois

Puisque j’ai créé une nouvelle rubrique la fois dernière (patrimoine gourmand pour ceux qui ne suivent pas), je continue sur ma lancée et je crée les histoires du père Castor ou « raconte-moi une histoire« . Et pour inaugurer cette nouvelle catégorie, quoi de plus naturel que de commencer par la légende de la création de Lille? Alors c’est parti pour une légende brutale et sanguinaire à la Game of Thrones.

banniere legende lille

Selon la légende, il y a fort longtemps (en 620 exactement), Salvaert, prince de Dijon,  alors en route pour l’Angleterre avec sa femme enceinte et leur escorte, décida de traverser le bois de Sans Mercy (un nom de mauvais augure déjà…) situé en territoire Flamand. Bien mal lui en prit puisqu’ils tombèrent dans une embuscade dressée par le seigneur Phinaert, seigneur du château du Bucq (berceau de la ville de Lille). Après une lutte acharnée, le redoutable seigneur Phinaert égorgea Salvaert (oui, vraiment pas sympa comme type) mais la princesse Emergaert de Roussillon parvint à s’enfuir accompagnée de sa servante.

[Et là, la logique voudrait qu’elle essaye de se rendre en Angleterre pour demander la protection du roi et mette son enfant au monde,non? Eh ben, pas tout à fait.]

La princesse essaye bel et bien d’atteindre l’Angleterre mais n’y parvient pas (à sa décharge, on n’enseignait aux femmes que la couture et l’art de recevoir, en forêt ça n’aide pas). Après avoir tourné un moment en rond dans la forêt, elle tombe sur un ermite appelé Lydéric qui la console de ses malheurs et lui dit de garder la foi et de prier. Alors qu’elle est assoupie à côté d’une fontaine, la Vierge Marie lui apparaît et prédit la venue au monde d’un fils qui vengera son père et deviendra seigneur de ces terres. Une fois cette vision disparue, Emergaert met au monde son fils (dans la forêt oui), avec pour seule assistance sa servante (une véritable intervention divine!).

Mais puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, quelques instants seulement après avoir mis au monde son fils, la servante s’aperçoit que les hommes de Phinaert, à la recherche de la princesse, approchent. Emergaert décide alors d’abandonner son fils dans la forêt en le « recommandant à Dieu » (après tout ça avait assez bien fonctionné quand elle avait prié juste avant) plutôt qu’il soit à la merci de ces hommes et se livre à eux. Ces derniers l’emmèneront au château du Bucq.

Le nouveau né, moins malchanceux que sa mère, fut rapidement trouvé par l’ermite Lydéric qui l’emmena chez lui. Il le baptisa Lydéric (pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?) et le nourrit du lait d’une biche (qui comme par hasard venait deux fois par jours et repartait une fois l’enfant nourri). L’enfant grandit et ayant atteint l’âge de 10 ans, l’ermite l’envoya en Angleterre pour qu’il devienne un homme accompli. Il fit si bonne impression qu’à 18 ans il entra au service du Roi d’Angleterre.

Finalement, à 21 ans Lydéric se souvint qu’il avait une mère emprisonnée par un barbare et qu’éventuellement, puisqu’il savait si bien se battre, ça pourrait être sympa d’aller la délivrer. Il débarqua donc à Boulogne-sur-mer et continua son chemin jusqu’à Soissons où se trouvait le roi Dagobert accompagné des grands du royaume. Il lui raconta les circonstances de sa naissance et son désir de venger ses parents en provoquant Phinaert en duel.

Le roi promit d’assister en personne au combat et quelques jours plus tard, le 15 juin 640, la rencontre avait bel et bien lieu au niveau du Pont-de-Fins à Lille (il s’agirait actuellement de l’emplacement de l’église Saint Maurice). Après une lutte sans merci, Lydéric eut finalement le dessus sur son adversaire (son désir de venger son père et de libérer sa mère le boostant probablement).

Victorieux, Lydéric est conduit au château du Bucq où il retrouve sa mère et fait soigner ses blessures. Le roi Dagobert lui offre alors les terres du seigneur vaincu et fait de lui le premier comte de Flandres. (En soi c’est déjà pas mal, mais ce n’est pas tout! Certains ont une chance du diable..sans vouloir blasphémer).

Au cours d’une partie de chasse il tomba sur une jeune femme en grande détresse qui n’était autre que la princesse Rothilde, soeur du roi Dagobert. Elle avait été enlevée par les seigneurs de Poitiers et de Parthenay (pas très galants apparemment). Sensible à sa détresse et sa beauté (et sa richesse), il lui vint en aide et la prit sous sa protection. Ils tombèrent amoureux et demandèrent au roi sa bénédiction pour leurs noces, bénédiction qu’il accorda. Ainsi, en plus de ses titres, Lydéric gagna grâce à sa femme toute la terre d’Artois, Vermandois, Picardie, Amiens, Nesle, Péronne, Soissons et Noyon. Sacré veinard!


Si vous voulez l’histoire en version longue vous pouvez la trouver ici


Lydéric et Phinaert sont sculptés sur la base du beffroi de la marie de Lille. Ils sont également 2 des géants de Lille (malheureusement, je n’ai pas leur photo).


Si c’est une bien belle histoire, la première trace écrite attestant de l’existence de la ville ne remonte pas avant 1066: une charte par laquelle Baudouin V, comte de Flandre, dote la ville de la collégiale Saint-Pierre. Dans ce texte, la ville est appelée « Isla », du mot latin insula signifiant « île ». Mais l’histoire de Lille et ses canaux sera pour une autre fois…

Une réflexion au sujet de « Il était une fois, Game of Thrones version lillois »

  • 8 février 2017 à 15 h 53 min
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    Ah ah c’est tellement plus drôle quand c’est toi qui raconte. Certes, ce n’était pas évident de se retrouver seule en forêt à l’époque (oui parce que j’y étais, tu sais bien). Les interventions divines, c’est quand même bien pratique parfois. C’est sympa de la part de Lydéric d’avoir pensé à libérer sa mère, même si c’est 21 ans après… Et puis pour finir l’histoire, il épouse la soeur du roi, c’est vraiment un conte de fées tout ça 😉

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