“A Part Être” ou la théorie du Selfie

Le festival Renaissance c’est fini? Oui, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’expositions à voir sur Lille! Je viens d’en visiter une à l’Atelier-Galerie Bleu, un lieu que j’ai découvert en même temps que l’exposition. Je vous y emmène….

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Cet Atelier-Galerie est géré par l’association Avenir Enfance. Comme son nom ne l’indique pas, les projets ne sont pas uniquement destinés aux plus jeunes, d’ailleurs, un des buts de cette association est de “renforcer les liens entre les générations” (plus d’informations sur les missions de cette asso ici).

L’exposition “A part être” pose des questions actuelles: égocentrisme, égoïsme, vanité, pollution, environnement etc.  Toutes ces questions parleront surtout aux adultes mais les enfants peuvent également s’approprier l’exposition et comprendre la signification des œuvres si on la leur explique simplement.

J’ai visité cette exposition avec une amie et nous avons eu la chance de nous voir proposer une visite guidée. La médiatrice nous a donc expliqué la signification de chaque oeuvre, leurs diverses interprétations et nous a parlé de l’artiste. Je recommande chaudement la visite guidée (d’environ 30 min) sinon, vous risquez de visiter l’exposition un peu rapidement et de manquer d’informations. En plus, la personne qui nous a fait la visite était vraiment très gentille, serviable et connaissait bien son sujet. Que demander de plus?

A Part Être est composé d’une sélections d’œuvres de Laura Gourmel, une artiste française qui utilise beaucoup le textile comme matériau de base pour ses créations. Elle déchire, coupe, casse pour ensuite recoller, recoudre et ainsi transformer. Cela donne des œuvres qui intriguent, interpellent et qui ont pour but de questionner la société dans laquelle nous vivons.


Comme nous l’a expliqué notre médiatrice, tout a commencé par les poupées. Un jour, l’artiste est tombée sur le blog d’une jeune femme qui mettait sa vie en scène à travers des selfies, Laura Gourmel choquée par ce “culte du moi” totalement faux a décidé de reproduire les scènes de vie de cette fille mais avec une poupée. Elle a ensuite continué cette démarche en plaçant des poupées dans des endroits publics, notamment les niches au ras du sol qui servaient autrefois à décrotter les chaussures avant de rentrer dans les bâtiments (pour les vieilles maisons). L’artiste explique sur son blog:

J’aime ces petites niches creusées dans les bâtiments de la ville, elles me font penser à ces petits autels que l’on trouvait autrefois où il y avait une statue de la vierge. Sauf qu’en ville ces niches sont au ras du sol, pleines de poussière et de déchets. […] Je voulais donc réhabiliter ces tous petits lieux et en faire des autels pour des icônes païennes. Des poupées toutes nues qui, l’air confiant, adressent une prière à la terre, à la ville, aux passants. […] Elles sont des icônes païennes et modernes. Cette oeuvre se veut donc comme un clin d’œil à l’histoire de l’art, aux femmes, à la ville et aux passants bien sûr.

L’idée, selon notre médiatrice, était aussi de voir si les passants laisseraient la poupée là, pour que tous puissent l’admirer, ou la prendraient. Certaines ont apparemment disparu. Cela nous renvoie aux notions de partage et d’égoïsme.

Laura Gourmel dénonce également de façon humoristique les personnes qui ne ramassent pas les crottes de leurs animaux domestiques sur le trottoir en plaçant de petites poupées devant. Un exemple de ce type de poupées et plusieurs “icônes païennes” sont exposés dans la galerie.


L’exposition ne se limite pas aux poupées, il ne s’agit que d’une petite partie, on trouve également une série de selfies retravaillés : les photos sont imprimées, découpées en bandes et re-tressées ce qui donne un aspect pixelisé à la photo. Encore une fois, l’artiste s’interroge sur ce culte du moi, cet égocentrisme qui semble de plus en plus présent dans la société.

Trois autres installations, assez imposantes, sont également présentées. Deux dénoncent plutôt la pollution et se font face. D’un côté un alignement de sachets de marques vestimentaires qui semble bien anodin de loin mais quand on se rapproche, on se rend compte que le nom de la marque a été entièrement brodé sur chaque sachet. Laura Gourmel explique que ces broderies “renvoie(nt) à la lutte entre l’industrie de masse et le fait-main.  Derrière l’image lisse et nette que veulent donner les marques, l’industrie textile pollue et épuise les ressources naturelles et humaines.” Ces broderies présentent en effet un contraste frappant face à ces sachets plastiques produits en masse.

Face à cette installation, on trouve “l’autre continent” qui fait référence à ce qu’on appelle “le sixième continent” ou “l’île aux déchets du Pacifique” (petite vidéo qui résume ce phénomène ici, désolée c’est en anglais). Alors que l’oeuvre, faite de plastique, dénonce les conséquences néfastes de l’activité de l’Homme sur la nature, elle est très belle et étrangement poétique. C’est d’ailleurs mon coup de cœur de cette expo.

Pour finir je vais vous parler d’une dernière oeuvre : “280 ans de réflexion”. Pourquoi ce titre? Eh bien, comme l’explique Gregory Djaaï, 40 x 7 = 280. Soit le nombre de miroirs présentés multiplié par les années de malheur par miroirs brisés auxquelles s’expose l’artiste = 280 ans. Le visiteur fait face à une multitude de miroirs brisés et sa première réaction est de regarder son reflet et non d’observer la petite poupée en bas. Elle est là pour inviter le visiteur à arrêter de se regarder lui, pour regarder autour de lui et s’ouvrir aux autres.

Bref, ce sont autant de messages forts et de préoccupations actuelles qui sont abordés dans cette exposition. Le visiteur est invité à réfléchir et à s’ouvrir aux autres et à des enjeux tels que la pollution, l’industrie de masse et la disparition de l’artisanat.


Si par hasard, vous vous trouvez dans le quartier Moulins, n’hésitez pas à visiter cette exposition, elle vaut le détour. L’avantage est qu’elle est juste à côté du métro Porte de Valenciennes, elle est donc très accessible et elle est gratuite. Par contre ne vous méprenez pas, c’est une toute petite exposition, d’où la recommandation d’une visite guidée.

Attention, l’Atelier-Galerie Bleu n’est pas ouvert le Week-End, il faut y aller en semaine entre 14h et 17h!

Dans le cadre de l’expo, des ateliers sont organisés, le programme est disponible sur leur page facebook.


 

Site web de Laura Gourmel ici
Blog de Laura Gourmel ici
Infos Pratique sur l’Atelier-Galerie Bleu ici
Site Web Avenir Enfance ici

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