Quand la triste actualité s’invite dans l’art

Dimanche après-midi j’ai visité l’exposition War Hall à la Maison Folie Wazemmes. Le titre, référence claire à Andy Warhol (allez-y prononcez War Hall avec un accent bien frenchy, vous comprendrez) vous annonce le style Pop Art de l’expo. Le sous titre, pour sa part, “Quand les artistes choisissent l’art plutôt que les armes” vous indique le sujet, le ton est donné. On ne pénètre pas dans ce genre d’exposition comme on le ferait au Musée des Beaux-arts pour aller voir l’exposition Open Museum #3 Zep, ce n’est pas le même état d’esprit, nous sommes dans deux mondes différents. War Hall est une exposition engagée qui pleure l’actualité, toujours plus sanglante. Ici, pas franchement de sourire et de gaieté mais un hommage et une volonté de dénoncer.

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artiste: Bernard Pras

Je vous avais déjà parlé de la maison folie Wazemmes à l’occasion de mon article sur l’exposition Cariocas et dans l’article sur les secrets de Wazemmes, je ne reviendrai donc pas sur son histoire si particulière. Cette fois, c’est l’exposition en elle-même que je vais vous raconter.

Impossible de rester de marbre face à une expo comme celle-là, certaines œuvres/installations vous touchent ou vous perturbent forcément. Mais le message de War Hall n’est pas : tout est perdu, pleurons sur notre sort, bien au contraire. Il s’agit d’abord d’une dénonciation des derniers massacres, de l’absurdité des guerres puis un hommage aux victimes et enfin un appel à la paix et un message d’espoir. On remarque également à travers certaines œuvres/ fresques une dénonciation de la société de consommation (notamment le graff de Atome très parlant où dollars et euros se serrent la main devant un enfant démuni qui lui doit faire face à la violence qu’entraînent ces accords).

Certaines réalisations m’ont plus marquées que d’autres, comme toujours, mais pour une fois, une installation m’a carrément fait sursauter. Lorsque l’on entre dans la salle, on voit au centre, vers le fond un homme le visage contre un mur mais au début on n’y prête pas forcément attention et c’est quand je me suis retrouvée tout à côté que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une installation et non pas d’une véritable personne. Ça aurait été suffisant pour me faire sursauter mais “l’homme” en question est cagoulé et porte une mitraillette (ou quelque chose de ce genre, je ne suis pas franchement spécialiste). Quand on se retrouve à deux centimètres d’une installation pareille ça surprend et ça nous renvoie au climat de tension actuel : on se promène dans la rue sans savoir si les personnes que l’on croise sont de potentiels terroristes. Loïc Parthiot, l’artiste, est apparemment coutumier de ce genre d’installation puisque le guide du visiteur explique:

“Depuis plus de 10 ans, il centre son travail sur la présence de corps dans l’espace comme des leurres, en atténuant les frontières entre fiction et réalité. Installées dans l’espace public et des lieux d’expositions, ces mises en scènes percutantes et insolites de clones humains ne manquent pas de susciter amusement, angoisse, surprise et choc.”

En l’occurrence, j’étais d’abord surprise et choquée puis j’ai ri de moi-même. Loïc Pathiot n’a pas le monopole des installations choc pour cette exposition, Virgo Black n’est pas en reste! Entre son prie-Dieu guillotine, son bébé crucifié aux membres remplacés par des fusils et son confessionnal qui “pour cause de combustion spontanée n’accepte plus les péchés” ses installations ne passent pas inaperçues. Comme le résume si bien le guide du visiteur:

“Virgo aime traiter des sujets sensibles, grinçant d’un humour léger teinté de second degré qui s’oppose à la gravité des sujets”.

L’humour “grinçant” est vraiment le terme approprié, ses installations interpellent: elles ne plairont probablement pas à tous mais ont le mérite de faire réfléchir le visiteur ou au moins de l’intriguer. Quand on voit un confessionnal en plein milieu d’une salle d’exposition, c’est suffisamment intrigant pour que l’on ait envie de s’approcher. Avec son prie-Dieu/guillotine l’artiste montre d’un façon assez frappante les dangers d’une religion poussée à l’extrême. Elle dénonce également les conséquences de ces guerres au nom de la religion puisque sous le bébé crucifié est écrit “A la mémoire des 373 enfants morts à Gaza 8 juillet – 3 août 2014

J’ai aussi beaucoup aimé le graff de Mask (clin d’œil à Sar Wars) qui après les nombreuses œuvres choc, apporte un peu de paix et d’espoir avec ce symbole universel de la colombe et son message “start peace”. Je ne vais pas m’attarder d’avantage sur les œuvres, je préfère ménager encore un peu de suspense, histoire que si vous y allez, vous ayez encore des choses à découvrir!

En tout cas, je pense que cette exposition vaut le coup d’œil et malgré les nombreuses phrases types “âmes sensibles s’abstenir” que j’ai pu lire, elle ne va certainement pas vous traumatiser, par contre elle peut déprimer un peu et vous mettre brutalement face à la réalité. Mais il faut également retenir les hommages et les petits messages/post-it qui montrent le soutien des gens, leur compassion.Cela compte aussi, il y a toujours un aspect positif même dans une expo aussi sombre que War Hall!

Si j’ai une critique à formuler sur cette expo c’est qu’elle est vraiment courte et donc se visite très rapidement. Après, je n’ai pas lu le guide des visiteurs en détail, j’aurais pu (dû?) car il n’y a pas d’explications autre que ce feuillet. J’ajouterai que c’est une exposition gratuite et qu’elle permet de découvrir un certain nombre d’artistes “locaux”.

Si vous voulez visiter l’expo, dépêchez-vous elle se termine dans quelques jours! (le  avril) Infos pratiques ici

0 réflexion au sujet de “Quand la triste actualité s’invite dans l’art”

  1. C’est beaucoup moins gai que Zep, en effet. Mais c’est une exposition qui a le mérite de faire réfléchir les gens. Je pense que j’aurais sursauté aussi en voyant “l’humain” cagoulé. Les guerres de religion font tellement de victimes, c’est affligeant. Une exposition bien ancrée dans la réalité actuelle…

  2. Une exposition d’actualité…
    Ce doit être surprenant de se retrouver face à ce type d’installation, faut il fuir cette réalité ? Ou au sein de ces murs protecteurs en être spectateur ?
    En tout cas celà interpelle ! L’atmosphère a l’air pesante.

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